La hache, le badnjak et moi : récit de mon Noël en Serbie

Bonne année ! Bonne santé ! Mais aussi… Joyeux Noël et le Christ est né ! Ou comme on dit en Serbie : « Srećan Božić » et « Hristos se rodi » 🙂

Vous pensez certainement que je suis très en retard pour souhaiter un joyeux Noël ? Que nenni ! Ici, Noël, c’était pas plus tôt qu’hier, c’est-à-dire le 7 janvier. Rappelez-vous, les fêtes orthodoxes sont décalées de quelques jours comparées aux fêtes catholiques. Je vous expliquais toute cette histoire de calendriers grégorien et julien (un peu compliquée d’ailleurs) dans mon article sur Pâques orthodoxe.

Cette année, comme lors de mon séjour biélorusse, j’ai donc eu la chance de fêter non pas un, mais deux Noël ! Et si j’étais restée un peu plus longtemps en Serbie, soit jusqu’au 14 janvier, j’aurais même eu la chance de fêter également un deuxième nouvel an. Ce sera pour une prochaine fois. Même si mon stage de lectrice FLE dans la petite ville serbe de Pirot s’est arrêté plus tôt que prévu, c’est-à-dire en décembre 2020 au lieu de juin 2021 (je vous raconterai…), c’était très important pour moi d’être en Serbie pour découvrir les traditions liées à Noël et passer ce moment avec ma désormais belle-famille officielle puisque Saša et moi sommes pacsés depuis le 18 décembre (aaaaaaaah *cri très aigu plein d’émotions*). Alors, après un court séjour en France pour mon Noël avec ma famille belle à moi, me voici de retour dans mon autre maison, j’ai nommé Donja Trnava !

Les célébrations de Noël en Serbie sont très différentes de ce que nous connaissons en France ou de ce que j’ai pu vivre pendant la fête de Kolyada biélorusse. En Serbie, tout commence la veille de Noël, le 6 janvier. Ce jour là, tout le monde se souhaite une bonne fête ou « Srećan Praznik » (à prononcer Sretchan Praznik) et part en quête d’un élément indispensable à la célébration : une branche de badnjak.

Début de la quête sous un concert de klaxon… La foule admire notre bravoure

Mais le badnjak, qu’est ce que c’est ? Très bonne question ! Le badnjak c’est, d’après Wikipedia, un arbre sacré de type chêne autrichien que les Serbes brûlent la veille de Noël. Vous pouvez notamment le voir apparaître sur les étals des petits vendeurs du marché quelques jours avant la célébration, sous la forme de petites branches voire parfois d’arbres entiers, pour ceux qui n’auraient pas le temps ou le courage d’aller chercher eux mêmes ce bois précieux dans la nature.

A la recherche du badnjak

En famille ou entre amis, les Serbes se réunissent donc le 6 janvier, veille de Noël pour faire une balade dans la nature et aller chercher leur badnjak. C’est aussi l’occasion de se retrouver et de passer un bon moment dehors ensemble. Voire un très bon moment si vous ajoutez à cela un bon repas et beaucoup d’alcool comme nous l’avons fait. Car en effet, pour toutes les traditions, il y a la version officielle, et la version un peu plus personnelle que chacun peut adapter. Pour nous, « badnjak » aura notamment rimé avec « apéro-ak« , à tel point que lorsqu’on retrouve notre équipe composée d’une dizaine de personnes, tout le monde a pensé à apporter à boire mais personne n’a pensé à la hache pour couper le badnjak.

Bon les gars… qui c’est qui court à la maison chercher sa hache du coup ?

Il est 9h48 quand je bois mon premier whisky (il faut bien se réchauffer un peu) et je me dis que la journée commence quand même plutôt pas mal. Nous marchons ensuite ensemble vers « la montagne« , en gros une petite balade d’un quart d’heure vers une colline, et on établit le campement dans une maison en cours de construction apparemment abandonnée depuis longtemps où mes amis serbes ont l’habitude de se retrouver chaque année. Je pars avec Saša et Andrija par le chemin le moins boueux possible pour récupérer le badnjak avant que l’alcool ne fasse trop d’effet. J’utilise alors une hache pour la première fois de ma vie avec toute l’adresse que vous me connaissez (soit : aucune) à la grande frayeur de mes deux acolytes qui ont peur que je perde une main dans le processus.

Pas d’inquiétude, par je ne sais quel miracle, apparemment il n’y a jamais (ok, rarement) d’accident à Noël en Serbie. Pourtant, entre l’alcool, les pétards, la hache, le feu géant (qu’on verra plus tard), les feux d’artifice, la maison abandonnée qui donne sur le vide, autant vous dire que les occasionsde se faire mal ne manquent pas. Si Dieu existe, je vous assure qu’il met toute son énergie pour sauver les Serbes d’eux-mêmes chaque 6 janvier.

La pause bien méritée

Une fois les badnjaks récupérés pour nous et les voisins, on retourne à la maison abandonnée boire un petit coup bien mérité. Tout le monde passe un bon moment et est heureux de se retrouver. Même si tout les habitants se connaissent au village, il est rare de passer autant de temps ensemble : certains habitent à l’étranger, d’autres ont un travail prenant, d’autres encore se connaissent sans se fréquenter plus que ça… C’est l’occasion aussi de mélanger les générations, puisque notre groupe est âgé de 7 à 42 ans (il y avait deux petites filles trop mignonnes et leur papa qui sont venus nous faire un coucou).

Notre groupe de chasseurs de badnjaks
J’adore la réaction de ma copine Mimile à cette photo : « Je vais devoir investir dans un jogging lorsque j’irai vous rendre visite en Serbie… » Tout à fait ! Comme vous le voyez le jogging est une tradition locale !

Environ la moitié de notre groupe respecte un minimum la tradition chrétienne orthodoxe et observe un jeûne la veille de Noël en évitant la viande et tout autre aliment gras. Ils mangent donc des turšija, des légumes préparés comme condiments, conservés dans du vinaigre (et autres ingrédients magiques) dans des pots géants, prêts à être consommés tout l’hiver : cornichons, carottes, poivrons, brocolis… Pendant que nous autres hérétiques préparons et profitons d’un super bon barbecue. Et oui il y a des avantages à ne pas connaître le sens de notre existence sur Terre. Vers 15h, la sortie badnjak s’achève et on remballe notre campement. On n’oublie pas nos (plus ou moins) petites branches de chêne sacré qui nous attendent sagement un peu plus loin. Puis on rentre à la maison, le temps de faire une petite sieste, et on se réveille à 17h pour aller à l’église du village avec nos badnjaks.

Le feu de joie

Normalement, avant le grand feu, il y a une messe, mais malheureusement mon guide a préféré dormir que de s’y rendre, je ne peux donc malheureusement pas vous raconter ce qu’il s’y passe (vous savez à qui adresser vos plaintes…). On arrive quand même juste à temps pour le grand feu de joie, dans lequel chaque participant est invité à déposer son badnjak. Les habitants de trois villages aux alentours sont présents et c’est à nouveau l’occasion de se retrouver avec la communauté locale. Nous remarquons deux personnes portant les masques et je me demande comment j’ai fait pour ne pas encore attraper le Covid ici… La rakija nous protègerait-elle vraiment ? (spoiler alert : non).

La journée s’achève ! Le temps de dire au revoir à tout le monde et de faire une photo avec le Pope, qui, trois ans après ma première visite à Trnava, ne me tient pas rigueur d’avoir manqué sa messe (désormais c’est même lui qui veut une photo avec moi et non l’inverse !). En théorie il y a encore une fête chez un ami de Saša histoire de conclure la journée en bonne compagnie, mais là, je m’avoue vaincue. Il est 18h et j’ai bizarrement un peu mal à la tête et au ventre ce qui n’a certainement rien à voir les litres de bambus* qu’on a bu toute la journée. Surement la fatigue. (bambus*cocktail vin rosé et coca, censé remplacé le kominjak ou « piquette », vin fait maison consommé traditionnellement à Noël mais qu’il n’y avait pas cette année pour cause de mauvaise météo).

Et le lendemain…

Le 7 janvier, après une bonne nuit, on se lève aux sons des « Hristos se rodi, Vaistinu se rodi! » que tous les habitants de la maison s’échangent, signifiant, le christ est né, oui il est bien né ! (contrairement à Pâques ou on se dit « Hristo vaskrse, Vaistinu vaskrse », ce qui veut dire le Christ est ressuscité, oui il est ressuscité, vous vous rappelez ?). On se souhaite « Srećan Božić« , Joyeux Noël, et on se met à table en famille pour un festin serbe dont votre estomac se rappellera tout le reste de l’année. Au menu, les entrées par milliers : salade mimosa, salade russe, salade spaghettis, turšija, pita, pogača, jambon fumé, kiseli kupus et fromage frais, puis deux grands plats de viande de porc et d’agneau, et enfin en dessert deux énormes gâteaux pleins de crème… Bref vous n’aurez plus faim pour le dîner. Voilà pour le Noël serbe ! A savoir que ce n’est qu’une variante de la tradition et que bien sûr, c’est sûrement un peu différent dans chaque famille 🙂 En tous cas, pour moi qui adore Noël, je suis plus que ravie de pouvoir le fêter deux fois, de deux façons aussi différentes !

Ne vous laissez pas piéger : ce sont seulement les entrées !

Et vous, vous fêtez comment Noël chez vous ? Joyeux Noël et Srećan Božić à tous !

2 réflexions sur “La hache, le badnjak et moi : récit de mon Noël en Serbie

  1. Dear Ingrid, congratulation for PACS with Sasha! I hope you both are happy like family. I see you’ve had very exciting Christmas. Christmas in Bulgaria is almost the same like in Serbia but on the same day like in France. In Bulgaria badnjak is big and tick oak log. It have to keep the fire in fire place all the night in Christmas Eve.

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