Belarus #11 – Que faire à Minsk (quand ce n’est pas la révolution) partie 3/2

Nous sommes le 27 août 2020 et la révolution bélarusse, commencée suite aux élections contestées du 9 août, est toujours d’actualité ! Ceci est déjà une petite victoire en soi. Après une première semaine forte en émotions, à la fois positive (des rassemblements impressionnants) et négative (une répression encore plus impressionnante), la situation tend à se stabiliser : mais pour combien de temps ? La course diplomatique est en train de s’accélérer pour Svetlana Tsikhanovskaya, candidate d’opposition, toujours réfugiée en Lituanie, alors que plusieurs représentants politiques lui témoignent leurs soutiens. Elle a, par exemple, rencontré hier les membres de la Commission des Affaires Étrangères du Parlement Européen en visioconférence. Les médias continuent eux aussi de couvrir les événements, ce que je trouve assez surprenant puisque cette affaire commence à durer (Bernard Henri-Lévy, en première ligne vous vous en doutez, s’est d’ailleurs fendu d’un article un peu étrange dans le dernier Journal du Dimanche). Heureusement, les Bélarusses ont bien choisi leur timing pour protester : au mois d’août, il ne se passe rien, et l’autre information omniprésente commence sérieusement à lasser l’audience (voir : Covid-19). On peut également remercier la présence d’un Prix Nobel, Svetlana Alexievitch, et de ses phrases fortes concernant la naissance d’une nation biélorusse, pour alimenter un peu les gros titres. Il n’y a plus qu’à espérer qu’aucune catastrophe naturelle ou mort tragique de célébrité ne vont avoir lieu dans les jours qui viennent.

Côté manifestants, les rassemblements pacifiques continuent chaque jour sur la place de l’Indépendance, sous les yeux bienveillants de la statue de Lénine. Les arrestations aveugles des forces anti-émeutes se sont largement calmées même si, il est important de le noter, il y en a encore, et les opposants politiques (comme le mari de Svetlana par exemple) n’ont toujours pas été libérés. Dans un pays où la peine de mort est toujours appliquée, c’est quand même peu rassurant d’avoir ses proches en prison. Dans un autre registre, je remarque ces derniers jours que les gens utilisent de plus en plus le chant et la danse traditionnels pendant les manifestations, ce qui me fait plaisir, mais également un peu rire, parce qu’on voit que les jeunes bélarusses ne connaissent pas encore très bien leur pas. Je me dis que la révolution passera peut-être également à l’avenir par la pratique du bélarusse, deuxième langue officielle du pays, très peu utilisée dans la vie courante, au profit du russe. Parallèlement à ce côté bisounours, une vidéo de Lukashenko, accompagné de son fils de 16 ans, tous deux armés, descendant d’hélicoptère, et traitant les manifestants de « rats », circule largement. Ambiance. Histoire de se rappeler que tout peut arriver et que ce n’est donc pas le moment de baisser la garde.

Malgré cette atmosphère incertaine, le moral et l’espoir concernant le Bélarus me reviennent. Peut-être est-ce aussi parce que j’ai moins suivi l’actualité ces jours-ci. Si vous souhaitez témoigner d’informations, partager vos impressions ou me dire que je suis complètement à côté de la plaque, en tant que Bélarusses ou amis, n’hésitez pas. Après tout je ne fais ici qu’un récit abrégé de mon ressenti. Bref, tout ça pour vous dire qu’il est temps, chers lecteurs, de vous livrer cette troisième (et dernière !) partie de ce petit guide : Que Faire à Minsk (quand ce n’est pas la révolution) ?

  • Faire un barbecue à la mer de Minsk ou dans l’un des nombreux parcs de la capitale (notamment le parc Loshitsa)

Vous pensiez que le Bélarus était un pays enclavé sans accès ni aux mers ni aux océans ? Et bien, ne vous détrompez pas, vous avez raison ! Néanmoins, c’était sans compter sur la créativité des locaux, qui, tel Christophe Colomb s’écriant Terre, terre, nous voici en Inde !*, ont vu de l’eau et ont décrété que c’était forcément la mer. Plus précisément la mer de Minsk, située à une dizaine de kilomètres de la capitale, accessible en electrishka (meilleur mode de transport après la marshrutka), et qui est en fait… un réservoir. Donc grosso modo un grand lac. Mais qu’est ce qu’une mer si ce n’est un grand lac, après tout ? Et comme on voit pas l’autre côté de la rive, et qu’en plus il y a un peu de sable, ma foi, mer it is. C’est en tous cas un super spot pour faire un pique-nique et manger des shashliks (activité number 1 de l’été minskois). Et si les bords de l’eau ne vous tente pas tant, d’autres lieux sont à votre disposition, comme par exemple le parc Loshitsa, un peu excentré, mais très agréable. (* citation non contractuelle)

Le bar 1067 tient son nom de la date de création de la ville de Minsk (comme on l’avait vu dans l’article sur Grodno, les Bélarusses aiment bien mettre l’accent sur l’ancienneté des villes, allez savoir) et est sans conteste l’un de mes endroits préférés de la capitale. Pour plusieurs raisons. D’abord, c’est un bar en sous-terrain, pas trop grand (mais pas trop petit non plus), tout cosy, qui vous réchauffera l’âme pendant les soirées hivernales. Ensuite parce-qu’il y a un large choix de bières comprenant une sélection de bières locales, qui change régulièrement, et la bière, ben c’est sympa. Enfin, et c’est ce qui m’amène à placer ce lieu dans mes tops, vous y trouverez les meilleurs burgers de Minsk, rien que ça : burger classique, burger au porc trop bon, burger crevette-avocat (pour les originaux), burger végétarien (pour les végétariens), et j’en passe ! Le petit truc en plus, c’est le menu en langue bélarusse, ce qui est extrêmement rare, et vous permettra de ne plus passer pour un teuteu avec vos amis étrangers russophones qui vous traduisent les menus à chaque fois : ce coup-ci, vous ne serez plus seul à ne rien comprendre à la carte ! Sachez par ailleurs qu’il n’y a pas un, mais deux 1067 – pour deux fois plus de plaisir (et deux fois plus de bière).

  • Monter au sommet de la Bibliothèque nationale de Minsk, le monument le plus beau mais aussi le plus affreux (on est pas sûrs)

Si je ne suis jamais allée à l’intérieur de la bibliothèque, je suis montée plusieurs fois au sommet, et il faut dire que la vue est plutôt pas mal. La bibliothèque est assez loin du centre et c’est donc une petite expédition en soi. L’accès à l’ascenseur qui mène vers la terrasse panoramique se fait derrière le bâtiment jusqu’à 22h (horaire à vérifier, ça peut changer) ce qui permet une version by day ou by night. Je tiens à souligner que le café situé un étage en dessous de la terrasse est très agréable, et sert de très bons dranikis (sorte de crêpe de pomme de terre, emblème national du Bélarus) et de très bonnes crêpes.

  • Faire des selfies avec les statues de Lénine un peu partout
Bon ben voilà interdit de territoire bélarusse pour toute la vie, merci Saša !

Je ne sais pas si j’ai besoin de dire grand chose là-dessus, c’est une activité comme une autre. En plus c’est assez rare les statues de Lénine d’habitude en France. Personnellement j’ai trouvé quatre Lénine à Minsk.

Vous avez peut-être entendu parler de MTZ ces derniers jours si vous suivez l’actualité de la révolution bélarusse : c’est dans cette usine que s’est rendu Lukashenko afin de solliciter ses soutiens ouvriers, avant de se faire huer par la foule. L’année dernière, j’avais proposé à ma famille le choix entre deux excursions : les châteaux Unesco de Mir et Niasvizh, ou l’usine de tracteurs. Finalement c’est Peter, mon petit frère, qui a choisi, et je dois dire qu’il a eu de l’oeil, car en quelle autre occasion pourrait-on visiter une véritable usine de tracteurs ? La réservation de l’excursion n’a pas été évidente, que ce soit par mail ou par téléphone, mais finalement, la visite s’est avérée très bien organisée. On a même eu droit à une traductrice-ouvrière francophone juste pour nous. Notre guide nous a présenté l’ensemble de la chaîne de fabrication, le fonctionnement de l’usine avec ses rues, sa cantine, sa propre station de radio, son centre culturel, ses employés du mois (dont le portrait est affiché format A2 dans l’une des artères principales). Le tour a duré environ 2h30 pour seulement 5 euros par personne si mes souvenirs sont exacts. En plus, c’est pratique, car l’usine est très facilement accessible par métro, station « Traktarny Zavod » (ou « Usine de tracteurs »).

  • Faire les beaux gosses à l’Opéra pour vraiment pas cher

Il paraît que l’opéra, sous l’Union soviétique, c’était un bien commun qui se devait d’être accessible à tout le peuple. Je n’ai jamais vérifié cette information, mais en tous cas, il est vrai que les tarifs pour un ballet ou un spectacle lyrique n’ont rien à voir avec ceux pratiqués en France. Si vous rêvez de voir Casse-Noisette la veille de Noël pour 10 euros, n’attendez plus, Minsk est la destination idéale ! Et même si vous n’êtes pas un fan de l’opéra, la sortie vous enchantera pour d’autres raisons, car outre le ballet qui a lieu sur scène, celui dans les coulisses n’est pas moins impressionnant. En effet, les Bélarusses, notamment les femmes, ont à coeur de s’habiller pour le spectacle : en hiver, c’est une véritable métamorphose entre, à l’extérieur, l’énorme manteau et les grosses bottes, puis à l’intérieur, les escarpins et la petite robe noire. A l’entracte, pour vous fondre dans le paysage, dépêchez vous de commander une coupe de champagne local et de vous prendre en photo dans chaque coin du bâtiment. Vous le remarquerez bien vite, c’est un genre de tradition.

  • Acheter des souvenirs chez Symbal

Si vous suivez ce blog régulièrement, vous le savez, j’ai quelques difficultés à résister à l’attrait du « souvenirs« . Déjà parce que j’aime bien offrir des petites choses à mon entourage. Aussi parce que j’ai un peu la maladie de la collection. A Minsk, et plus généralement au Bélarus, j’ai été très gâtée car je trouve que les objets souvenirs sont beaux, de bonne qualité, et généralement made in Belarus, ce qui n’est pas courant. Vous trouverez forcément votre bonheur. En cas de doute, rendez vous dans la boutique Symbal, où tout est aux couleurs rouge et blanche (comme le drapeau de l’opposition), avec de beaux ornements slaves et des inscriptions en bélarusse.

  • Participer à l’un des nombreux événements de Cult Korpus

Et ça tombe bien, juste en face de la boutique Symbal se trouve le « Cult Korpus« , haut lieu culturel Minskois. Là bas, j’ai pu assister en vrac à un festival végétarien, un événement sur le volontariat, des concerts multiples et variés (j’y ai découvert entre autres Molchat Doma, Super Besse et Oum Shatt), des projections de films gratuites, un tournoi d’échecs, et j’en passe.

Et ça tombe bien (bis), juste à côté du Culture Korpus lui même juste à côté du magasin Symbal, se trouve, dès que le soleil refait surface, le « bac à sable » ou Pesochnitsa, une sorte de food court en plein air. Là bas, chaque camionnette a sa spécialité, que ce soit sucré, salé, boisson, burger ou noodles. C’est toujours très bon dans tous les cas et si vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur le menu avec vos amis, c’est parfait, puisque chacun peut aller se chercher ce qu’il veut avant de s’installer sur l’une des nombreuses tables entourant le bac à sable central. Le lieu accueille également, suivant la programmation, DJ sets, braderies, ateliers d’artisanat ou même marché de plantes gratuites.

Zhdanovitchi, c’est un peu le niveau maximum que peut atteindre l’aventure bélarusse. C’est l’équivalent de la marshrutka pour les transports, mais version shopping, et même encore pire, car si tous les locaux prennent la petite camionnette qui fonce à toute vitesse sur les boulevards du pays, ils sont loin d’être aussi nombreux à avoir mis les pieds au marché aux puces de Zhdanovitchi. La légende dit que si vous allez à Zhdanovitchi en marshrutka sans vous perdre, vous pouvez même faire une demande de nationalisation bélarusse, c’est vous dire. On y trouve de tout, apparemment (genre, même des voitures et des animaux), mais je n’ai pas réussi à m’aventurer beaucoup plus loin que le « rayon » vêtements. Il y a d’un côté les boutiques du marché couvert, et de l’autre, le bric à brac en extérieur (un peu comme le Emmaus de Pau-Lescar pour ceux qui connaissent). J’y ai redécouvert que j’étais nulle en négociation. Et en russe. Et en négociation en russe. Mais je suis repartie avec une jolie veste et une paire de converse presque neuve. Un succès.

Nous arrivons ainsi à la fin de cette série d’articles spécial Minsk et spécial révolution ! Il y aurait encore beaucoup de choses à vous dire, à vous conseiller, mais j’espère en tous cas que ça vous donnera envie de visiter cette superbe capitale et ce pays magnifique. N’hésitez pas à m’envoyer vos remarques sur les lieux cités ou à en suggérer d’autres. En attendant, continuez à suivre l’actualité du Bélarus afin que les revendications légitimes du peuple ne tombe pas dans l’oubli et l’indifférence internationale. Et rendez-vous à Minsk !

PS : Pour la première fois j’ai utilisé uniquement les termes « Bélarus », « les Bélarusses » et « le bélarusse » dans cet article, alors que je me permets d’habitude de mixer un peu plus. Si je n’ai aucun problème avec « le Bélarus » comme nom de pays, j’avoue avoir du mal à m’habituer au gentilé et à l’appellation de la langue. J’aimais bien dire « les Biélorusses » et « le biélorusse ». Avant, je voyais parfois écrit également « les Bélarussiens » mais peut-être est-ce encore plus bizarre. Bon. Dans tous les cas il faut se mettre d’accord car on y perd en lisibilité. Qu’en pensez-vous ? Quel terme utilisez vous ?

4 réflexions sur “Belarus #11 – Que faire à Minsk (quand ce n’est pas la révolution) partie 3/2

  1. Ingrid, merci beaucoup pour ton post et les précédents aussi !
    Juste une update: il n’ya plus de marché à Zhdanovichi car une grande construction du quartier résidentiel est lancée… le marché est déplacé aux Tabory, aux alentours de Minsk.
    Le magasin symbal travaille pour le moment en ligne seulement.

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  2. Merci pour votre écrit sur mon pays. On saura qualifier les Biélorusses de Bélarusses quand ils se feront entendre. Visitez Brest à l’occasion, vous y trouverez une mine de trésors…

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