Belarus #11 – Que faire à Minsk (quand ce n’est pas la révolution) partie 2/2

Ces jours-ci, je ne suis pas en forme. Je ne sais pas vraiment à quoi c’est dû. Peut-être est-ce la chaleur ? Le stress des dossiers à rendre (oui, je suis une éternelle étudiante) ? Ou alors le retour des vacances ? Oui, c’est peut-être un peu de tout ça. Ou alors, c’est autre chose. Ou alors, ce sont les images de Minsk ensanglantée, des Biélorusses tabassés, des affrontements avec les forces de l’ordre, des défilés de camions de policiers qui arrêtent à tout va, des bombes lacrymogènes, des balles en caoutchouc, mais également les informations au compte-goutte parce qu’internet est coupé, les déclarations d’opposants politiques qui s’enfuient à l’étranger, les barricades et toujours, toujours, les sempiternelles déclarations-chocs des médias qui, pour une fois, ont le mérite de s’intéresser au cas biélorusse : « La dernière dictature d’Europe, Lukashenko, affrontements, élections présidentielles truquées, Poutine, la Russie, la police, répression, répression, arrestations, et encore répression ».

Manifestation contre la répression en Biélorussie, à Paris, le 26 juillet 2020

J’ai la larme à l’œil en pensant à tout ce vocabulaire qui est associé depuis des années à ce pays qui a tant à offrir. Une telle richesse dans ses paysages, dans sa culture, dans ses habitants.

Et pourtant tout est vrai.

Les quelques images qui filtrent grâce aux serveurs d’applications telles que Télégram ou par le biais des VPN sont à la fois terriblement banales et extrêmement choquantes. Banales parce-que, ce sont des scènes que nous voyons sans cesse, partout, tout le temps. Le mouvement des gilets jaunes et sa répression en France ont, semaine après semaine, affiché cette violence sur tous nos écrans, petits et grands. Les manifestations se terminent toujours dans le sang. Et on s’habitue, c’est vrai, à ces images. En même temps, que peut-on espérer de plus d’une manifestation ? Et puis, les manifestants ne sont-ils pas violents, eux aussi ? La brutalité nous entoure et, comme pour tout le reste, à force d’y être confronté, on s’y habitue. Comme on s’habitue au risque sanitaire. Comme on s’habitue au mauvais traitement d’un conjoint violent. Comme on s’habitue à la pauvreté criante qui demande l’aumône à chaque coin de rue. On ferme les yeux, on accélère le pas, et on se dit que, quelque part, s’ils en sont là, les autres, c’est qu’ils l’ont sûrement cherché…

En France, ça fait longtemps que nous sommes habitués. Après tout, nous avons la révolution dans le sang, biberonné aux manifestations et aux grèves depuis notre plus jeune âge. C’est comme si on disait qu’une guerre éclatait au Moyen-Orient ou dans les Balkans : une évidence ! Alors une manifestation qui finit mal en France ? Bah, rien de nouveau sous le soleil. Mais la Biélorussie, enfin, la Biélorussie ! Se révolter ! Mais vous n’y pensez pas ! Et pourtant. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ce mouvement de contestation est exceptionnel. Les Biélorusses, après avoir vécus tant de tragédies au fil des décennies, sont les personnes les plus pacifistes qui existent. Certains diraient même apathiques. Souvent, on pouvait entendre que la Biélorussie ne se révolterait jamais, que les Biélorusses avaient laissé tomber, préférant attendre que tout ça se passe -et quand je dis tout ça, je sous-entends, le régime actuel- plutôt que de tomber dans le chaos comme ce fut le cas en Ukraine voisine, où la guerre est toujours présente dans l’Est du pays. Et pourtant. Le réveil n’en est qu’encore plus brutal.

Voici ce que j’écrivais le 10 août sur Facebook, après la première soirée d’émeutes, petit récapitulatif de la situation :

✊ Environ 3000 arrestations, des dizaines de blessés, internet bloqué toute la journée… Les affrontements avec la police ont duré toute la soirée à Minsk et dans les grandes villes du pays, et risquent de se prolonger. Ailleurs, dans des localités plus petites comme à Pinsk, certains policiers se sont contentés de maintenir l’ordre sans intervention violente voire ont entamé un dialogue avec les citoyens (comme quoi, c’est possible). Après les gilets jaunes en France, la violence de ces manifestations ne me semble même pas si terrible, c’est vous dire si mon curseur de tolérance s’est déplacé. Mais au Bélarus, pays pacifiste au possible, c’est inédit et très choquant.

✌️ Pendant ce temps au Bélarus, ou Biélorussie, le peuple se bat contre les résultats officiels de l’élection présidentielle : 80% pour Lukashenko qui est au pouvoir depuis 1994. Les fraudes massives sont rapportées dans tout le pays. Les observateurs internationaux, indépendants, les journalistes étrangers n’étaient pas les bienvenus. Le peuple réclament de nouvelles élections équitables, la fin du régime de Lukashenko, et la libération des prisonniers politiques et de tous ceux arrêtés ces derniers jours.

❤️ Vous verrez les ✊✌️❤️ symbole de Svetlana Tikhanovskaia, principale opposante lors de ces élections, professeure d’anglais, inconnue du public il y a un mois, qui s’est présentée à la place de son mari, youtubeur et activiste emprisonné par le pouvoir et interdit d’élection. Svetlana a allié ses forces avec Veronika Tsepalko, épouse d’un autre candidat qui n’a pas pu se présenter, et Maria Kolesnikova, directrice de campagne de Victor Babaryko, homme d’affaire, également potentiel candidat et emprisonné. Trois femmes pour le changement démocratique, c’est un symbole plutôt joli, qu’en pensez vous ? Vous verrez aussi le drapeau (non officiel) du pays blanc-rouge-blanc ⚪🔴⚪, symbole de l’opposition, un peu partout lors de ces manifestations. Les biélorusses ne se reconnaissant pas dans leur drapeau vert et rouge 🇧🇾 hérité de la période communiste et qui ne renvoie pas à l’indépendance de leur pays.

✊✌️❤️ J’espère que les explications étaient claires et n’hésitez pas à suivre les informations sur Twitter et Telegram pour en savoir plus. On peut aussi tout à fait en discuter à tout moment ! C’est un moment important pour ce pays que j’aime et plus le monde sait mieux c’est.

Aujourd’hui, Svetlana est en Lituanie. Elle s’y serait réfugiée suite à des menaces. Internet n’est toujours pas rétabli. Les images sont toujours aussi violentes. Un mort a été confirmé par le gouvernement biélorusse (mais il se serait tué tout seul, d’après les sources officielles…).

Et tout le monde a peur, et personne ne sait ce qu’il va se passer. Les manifestations continuent. Je cherche sur chaque photo un visage connu, on ne sait jamais. Je suis à la fois si admirative et si craintive. Quelque part dans la foule, il y a des amis, je le sais. Je suis les événements au gré des stations de métro, suivant les villes, car tous ces noms m’évoquent des lieux et tous ces lieux m’évoquent des souvenirs d’un temps qui aujourd’hui, me semble si lointain. Moi, je n’ai pas le courage d’écrire quelque chose de positif. Il y a tant à faire à Minsk, mais maintenant, comment vous en parler ? Comment vous parler des piques-niques au bord de la « Mer de Minsk » (qui n’est pas vraiment une mer) ? Comment vous parler des supers bons burgers du bar 1087 ? Comment vous parler de l’aventure du marché aux puces de Zhdanovichi ?

J’avais choisi ce titre de façon désinvolte. La révolution, au Bélarus, je n’y croyais pas. Il y avait dans l’air cette mobilisation citoyenne, certes, mais il y a deux semaines, qui aurait pu penser que la situation deviendrait aussi explosive. Et si finalement, c’était vraiment la révolution ?

Vous pouvez soutenir le mouvement en participant à cette cagnotte qui financera les amendes, les avocats et la libération de nombreux activistes et manifestants : https://www.facebook.com/donate/1123543824684874/4682295491784156/

Vous pouvez suivre le fil d’info du Courrier d’Europe Centrale : https://courrierdeuropecentrale.fr/au-belarus-la-rue-engage-un-bras-de-fer-contre-loukachenko-direct/

Vous pouvez vous perdre sur Twitter et sur Télégram.

Vous pouvez partager l’information.

Жыве Беларусь !

PS : Ne vous en faîtes pas, je garde mes recommandations au chaud, cet article en deux parties en aura donc trois. C’est la vie !


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