Skopje express : 5 histoires sur la capitale macédonienne (du nord)

Il y a des villes qui vous marquent par leurs monuments, d’autres par leurs gastronomies, d’autres encore par leur atmosphère

Et puis il y a Skopje.

Skopje, son drapeau soleil, ses statues grandioses, et son plan d’urbanisme douteux

Skopje était sur ma liste des « villes à visiter en 2020« , liste réalisée avant que la bombe pandémique n’ait touché la planète et ne me fasse revoir à la baisse mes plans de voyage. Heureusement, en 2021, les Balkans ont tué le Covid-19, ou en tous cas j’imagine qu’ils l’ont fait car chers amis, pour aller en Macédoine, vous n’avez même pas besoin d’un test PCR ! Open-bar les gars !

Alors même si mon séjour à Skopje était court, je peux dire qu’il a été riche en émotions, riche en chaleur et dans l’ensemble vraiment marquant. Grâce au « Free Walking Tour » de Zoran, une visite guidée de la ville que je vous recommande fortement tant elle est ludique et bien documentée, j’ai appris pleins de choses super intéressantes. Dans cet article je vais donc essayer de vous transmettre mes humbles apprentissages pour, j’espère, vous donner envie de découvrir vous aussi Skopje et la Macédoine du Nord ! C’est parti pour 5 histoires sur Skopje !

Skopje, capitale d’au moins 4 pays

Skopje, c’est la capitale de la Macédoine du Nord, nouveau nom de la République de Macédoine depuis le referendum de 2018, lui même nouveau nom de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine (FYROM- Former Yougoslavian Republic Of Macedonia), un pays qui faisant auparavant partie de la République de Yougoslavie.

Le Saviâtes-vous ? 🤔 La Yougoslavie, pays des Slaves du sud, incluant les territoires de Macédoine du Nord, Slovénie, Croatie, Bosnie, Serbie et Monténégro, sans oublier le Kosovo qui faisait partie de la Serbie jusqu'à  l'auto-proclamation de son indépendance en 2008, a existé sous plusieurs formes de 1918 à 2006. Il y a eu au siècle dernier beaucoup de mouvements dans la région et si vous voulez en savoir plus, je vous recommande cette petite vidéo de la série "Stories of Conflict" produite par notre chaîne préférée à tous, vous l'aurez deviné, Arte  ! 

Aujourd’hui, officiellement République de Macédoine du Nord donc, cette nouvelle appellation ne fait pas l’unanimité chez les Macédoniens. Mais pourquoi ce changement de nom ? Tout à commencé suite à l’indépendance de la Macédoine en 1991. Le pays, voulant rejoindre les institutions internationales, s’est heurté au mécontentement grec. En effet, la plus grande région de Grèce s’appelant également la Macédoine, il est inacceptable qu’un pays porte le même nom. Ainsi, pour son entrée à l’ONU en 1993, la Macédoine s’est donc appelée, comme nous l’avons vu, Ancienne République Yougoslave de Macédoine (FYROM). Problème résolu. Mais que faire quand la Yougoslavie a officiellement cessé d’exister, en 2003 ? La Macédoine peut-elle encore être l’ancien territoire d’un pays qui n’existe plus ? Les négociations concernant le nom du pays reprennent avec le processus d’adhésion de la Macédoine à l’OTAN puis à l’Union Européenne. Dans un esprit de compromis, la Macédoine a donc été invitée à changer de nom (après tout, une fois de plus ou de moins…). Un référendum est finalement organisé le 30 septembre 2018 pour savoir si oui, ou non, le pays doit changer de nom. Chose faite quelques mois plus tard avec la signature de l’Accord de Prespa en février 2019 : le nom du pays sera désormais ‘Macédoine du Nord’ ; elle rejoint l’OTAN en 2020, et, qui sait, l’Union européenne prochainement. Mais du coup… Pourquoi les Macédoniens ne sont pas contents, vous me direz ? Pour la petite histoire, le référendum n’a réuni que 36% de la population macédonienne, alors qu’un quorum minimum de 50% de participation était nécessaire pour rendre le référendum valide. Cela, ajouté aux pressions des différentes organisations internationales qui n’ont pas laissé beaucoup de choix aux Macédoniens, et enfin l’histoire du drapeau… Ca commence à faire beaucoup.

Skopje, ville détruite en 1963

Le 26 juillet 1963 est une date que tous les Macédoniens connaissent, et pour cause : ce jour là, un séisme de magnitude 6,9 sur l’échelle de Richter a frappé la région du pays où se trouve Skopje. Au moins 1000 morts sont à déplorer et 80% de la ville a été détruite. Ce fut aussi un moment de forte solidarité internationale puisque au total ce sont 77 pays du monde entier qui ont envoyé de l’aide pour secourir les populations et participer à la reconstruction, ce qui est assez exceptionnel en pleine Guerre Froide. Car même si la Yougoslavie est alors un pays socialiste, son statut de « non-aligné« , c’est-à-dire n’appartenant ni au bloc de l’Est ni au bloc de l’Ouest, lui permet de solliciter de l’aide de nombreux interlocuteurs. Nikita Khrouchtchev, leader de l’URSS a personnellement visité Skopje suite au désastre, alors que les Etats-Unis ont envoyé du matériel médical et du personnel militaire. Les soldats américains et soviétiques sont stationnés chacun d’un côté du Vardar, la rivière qui traverse la ville, et c’est leur première rencontre (presque) amicale depuis 1945.

La façade de la gare de Skopje, la seule partie qui n’a pas été détruite par le tremblement de terre, accueille désormais le musée de la ville (actuellement en cours de rénovation). L’horloge sur la devanture s’est arrêtée à 5h17, heure à laquelle le tremblement de terre a commencé.

Mère Teresa, personnalité de Skopje

Anjezë Gonxhe Bojaxhiu, plus connue sous le nom de Mère Teresa, est née à Skopje (faisant alors partie de l’Empire Ottoman) le 26 août 1910 d’une famille albanaise catholique. Ses parents l’élèvent ainsi que son frère et sa soeur dans la foi et la pratique catholiques et insistent pour que tous leurs enfants, garçon et filles, reçoivent une bonne éducation. Elle décide de partir en mission religieuse à 18 ans au couvent des soeurs de Lorette, d’abord à Dublin (un peu comme un stage d’intégration pour apprendre l’anglais et voir un peu de quoi il en retourne) puis à Calcutta en Inde où elle passera la plus grande partie de sa vie. En 1931, elle fait ses vœux temporaires et choisit le nom de soeur Mary-Teresa en référence à Thérèse de Lisieux, une religieuse française déclarée sainte patronne des missions. La maison de Mère Teresa a malheureusement été détruite pendant le séisme de 1963 et même si les Yougoslaves sont bien sympathiques, comme vous le savez ce ne sont pas des fans de religion : la maison n’a donc jamais été restaurée. A la place, trois arbres ont été plantés lors d’une visite de la dame dans sa ville natale et une maison-mémorial a été construite à l’emplacement de l’ancienne église où elle avait été baptisée.

Pourquoi Skopje compte plus de statues que d’habitants ?

La ville de Skopje est architecturalement étonnante. C’est comme si tout avait été fait sans trop réfléchir en amont à l’agencement des choses. Et pourtant il y avait bien un plan : Skopje 2014 ! Ou le renouvellement urbain de la capitale macédonienne, incluant apparemment la fabrication de milliers de statues. Il y en a partout. Des grandes, des petites, des personnages historiques, des inconnus, des personnages censés être historiques mais dont les plaques ont disparu, laissant leurs identités secrètes pour le chaland de passage. Ces statues c’est à la fois ce qui fait la grandeur de Skopje (car les statues sont quand même assez imposantes), son charme kitsch et son côté un peu « euhhh, mais pourquoi ? » aussi connu sous le nom du « what the fuck? ». Du coup la ville est en constante évolution et, comme souvent dans les Balkans, toujours en cours de construction. Mais le point positif c’est que qu’à chaque fois que vous irez à Skopje, la ville aura changé !

Skopje, capitale mal-aimée ?

Très souvent, sur les blogs de voyage, on a pu lire parmi les 10 choses à faire à Skopje, des excursions en dehors de Skopje. C’était un peu étrange dans les listes de bloggeurs de trouver « Que faire à Skopje ?! Un daytrip à Pristina » ou « 10 tops in Skopje, Ohrid Lake » comme si ce n’était pas complètement un autre pays ou qu’il n’y avait pas dix choses à faire à Skopje même (après j’avoue que ces deux excursions auraient été intéressantes et je me garde la possibilité de faire ça la prochaine fois). En réalité le dimanche tout est fermé à Skopje et comme il faisait environ 1000 degrés, on avait une bonne excuse pour sortir de la ville. On a choisi d’aller prendre l’air dans le canyon de Metka a proximité de la ville : 30 minutes de route et des paysages verdoyants garantis ! Assurez vous d’avoir un bon conducteur dans votre équipe parce que le parking est un peu sportif (bravo à mon pilote) mais à part ça c’est plutôt bien organisé. Vous pourrez pique-niquer sur place ou manger dans un des restos le long de la rivière/lac, faire du bateau si le cœur vous en dit ou tout simplement laisser vos pieds faire trempette en admirant les Skopiotes un peu fous qui sautent depuis un pont alors que le lac fait environ 30cm de profondeur (bon ok j’exagère un peu mais quand même). En gros, que du fun.

Quant à la ville en elle-même, je pense que ça vaut vraiment le coup d’y faire un tour. Certes il y a un côté loufoque et kitsh avec toutes ces grandes statues improbables, mais l’histoire de Skopje est quand même particulière et en grande partie responsable de ce à quoi la ville ressemble aujourd’hui. D’ailleurs tant que j’y pense, pour boire et manger, deux adresses qu’on a testé et approuvé : Mosh Bar (pas moche du tout) et Kotur Café (caché dans une cour d’immeuble).

Bonus : et du coup, c’était quoi l’histoire du drapeau ? 🇲🇰

Le drapeau de la Macédoine a lui aussi créé la discorde. Choisi en 1992 par la toute nouvelle république indépendante, le drapeau macédonien est un drapeau rouge orné du « Soleil de Vergina » un symbole faisant référence à Alexandre le Grand, certes de Macédoine, mais qui a été découvert en territoire désormais grec… Car, oui, les Grecs et les Macédoniens se disputent leur nom, mais aussi l’héritage d’Alexandre le Grand de Macédoine (mais nord ou sud ?) et c’est donc une sacrée embrouille qui unie ces deux pays voisins. Bref, en 1995, les Macédoniens changent de drapeau et organisent un jeu concours façon boîte de céréales et c’est finalement le drapeau actuel qui a été choisi. Pour l’anecdote, le drapeau du Kosovo a lui aussi été choisi suite à un concours, quant à celui de la Bosnie il a été décidé par les Nations Unies.

Merci Zoran pour toutes ces explications !

J’espère que ces histoires skopiotes (très rigolo ce nom, presque aussi rigolo que stambouliote) vous auront plu et que désormais, vous rêvez d’aller découvrir, vous aussi, la Macédoine du nord ! 🙂

Фала Скопје !

PS : Si vous vous faites manger votre carte bancaire dans l’un des distributeurs de Skopje, n’hésitez pas à m’écrire, j’ai désormais de l’expérience dans le domaine et tous les contacts nécessaires !


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