Vivre à l’étranger est l’occasion de découvrir un nouveau pays, certes, mais également celle d’explorer des environs jusque là lointains, désormais si proches ! Et, depuis que nous nous sommes installés à Windhoek, une destination revenait sans cesse dans les conversations : Le Cap (plus connue localement comme Cape Town ou en afrikaans Kaapstad). « Il faut absolument que vous alliez au Cap » ceci, « Cape town est un endroit incroyable » par là, « cette ville a vraiment tout » gnagnagna… Mais enfin, qu’a t-elle de si spéciale cette ville ? Le Ponpon est allé mener l’enquête pour vous, chères lectrices et chers lecteurs, accompagnée de son fidèle compagnon Saša et, pour l’occasion, de son acolyte Théophille venu en renfort tant la mission semblait périlleuse.
Tout a commencé et a failli se terminer un beau jour de février lorsque ledit acolyte (pour ne pas le citer) a oublié de se réveiller pour prendre l’avion matinal (7 heures du matin, quand même) au départ de Windhoek. Malgré un trajet pour le moins précipité vers l’aéroport, nous avons pu rejoindre sans encombre notre destination, Cape town.

D’une population de presque 5 millions d’habitants, Cape Town est l’une des trois capitales d’Afrique du sud avec Prétoria (la capitale administrative, réputée pour être d’un ennui mortel – nous irons enquêter) et Bloemfontein (la capitale judiciaire, réputée pour rien du tout puisque personne n’en a jamais entendu parler). Elle est située sur la côte sud-ouest du plus grand pays d’Afrique australe (ah ben oui si c’est le sud-ouest, forcément, ça ne peut qu’être bien !) et quant à elle réputée pour : 1) sa montagne-table (la fameuse « Table moutain ») qui domine son panorama 2) sa production viticole (là vous me parlez) et 3) être l’un des seuls endroits encore plus ou moins épargné par la criminalité endémique du pays. Sympa !



En tous cas, aucun doute : nos interlocuteurs, quand ils nous parlent du Cap, sont tous conquis : il semblerait que Cape Town soit une ville magnifique, où on mange très bien (pas la peine d’en dire plus, je suis convaincue) avec une vie nocturne festive, une programmation culturelle dynamique, des paysages à couper le souffle, la plage et la montagne à portée de taxi (encore plus fort qu’à Pau !) et, comme si ça ne suffisait pas, la ville est entourée de vignobles… Bon, on est d’accord, tout cela semble prometteur. Cape Town serait-elle donc la plus belle ville du monde ? Il sera sûrement difficile de répondre à cette question en quelques jours seulement de voyage. Notre équipe est néanmoins prête à relever le défi : c’est parti !

Cape Town est une ville, une vraie
Après un départ riche en émotions de Windhoek, nous atterrissons à Cape Town dans la matinée. Nous retrouvons notre taxi qui nous emmène à notre hôtel localisé dans le quartier de Sea Point. Sur la route, on est impressionnés par la taille de la ville : venant de la capitale namibienne, cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu autant d’immeubles, d’autoroutes, et plus généralement d’humains réunis dans un seul endroit. Quelle activité ! La montagne-table domine le panorama et les embruns de l’océan font palpiter nos narines… Cela sent déjà le bon week-end. Entre l’aéroport et le centre-ville, nous traversons également une zone industrielle où, d’après Google maps, on peut voir des œuvres de street-art, mais également se faire braquer : ambiance ! N’oublions pas que, malgré le décor de carte postale, l’Afrique du sud est le pays le plus inégalitaire dans le monde (d’après l’indice de GINI utilisé par la Banque mondiale). Le, monde, entier. C’est difficile à imaginer. Bien bel héritage de l’apartheid, puisque la Namibie, ancienne colonie sud-africaine, arrive en numéro 2 de ce classement…



Arrivés dans le quartier de Sea Point, difficile de prendre conscience de cette réalité : ici, nous sommes au bord de l’océan, tout le monde est musclé, en tenue de sport (c’est un vrai fashion statement, au secours) et en train de boire des matchas latté sur des terrasses de coffee-shop plus stylées les unes que les autres. On décide de commencer par explorer notre quartier en remontant la promenade sur les quais sous un soleil de plomb agrémenté d’une brise glacée (combo parfait pour les coups de soleil), avant une halte dans un brunch-instagrammable ma foi très sympa. En tous cas, maintenant, c’est sûr : si Sea Point a l’avantage d’être un quartier relativement sécurisé (comprenez : quartier riche de Blancs), nous ne sommes pas au coeur de Cape Town.





Très vite, il apparaît clair que nous ne pourrons pas nous passer de voiture pour la suite de notre visite. Pour aller dans le centre, nous devons à chaque fois contourner la montagne-table qui prend une place monstre ! Heureusement, les taxis sont nombreux et plutôt bon marché. A 16h30 nous sommes en position devant le St Georges Mall pour participer à la meilleure activité en voyage, oui, vous l’aurez deviné : le Free Walking Tour ! Notre guide Nizaam est un descendant d’esclave indonésien arrivé à Cape Town au 17ème siècle (à l’époque où la région était une colonie néerlandaise). Il nous fait découvrir l’histoire riche, mouvementée, difficile de cette ville marquée par le commerce d’esclave, en faisant le lien avec l’héritage cosmopolite et urbain qui en résulte aujourd’hui.







Pas de doute, Cape Town est une ville, une vraie. La circulation incessante, la quantité de restaurants et de bars, l’odeur de pipi dans la rue : tous les indices sont là. Elle est multiculturelle, dynamique, variée : du quartier de Bo-Kaap avec ses maisons colorées où réside encore la communauté indonésienne musulmane descendante des anciens esclaves, en passant par le City Center et son Company’s Garden, parc paisible abritant des écureuils albinos (curiosité locale !) et la statue très controversée de Cecil John Rhodes, jusqu’au californien quartier de Sea Point et de son Waterfront, bref, il y a de quoi faire pour les citadins en manque d’urbanisme lors de leur séjour en Afrique australe !





Des alentours qui regorgent de surprises
Bon, il est établit que Cape Town est une ville, une vraie, certes. Mais qu’est-ce qui fait vraiment son charme par rapport à d’autres ? Pour le découvrir, nous sommes sortis de la ville pour découvrir les alentours de Cape Town, et, plus précisément, la nature environnante. Et pour cela, pas besoin d’aller très loin ! Accessible en taxi voire à pieds, la montagne-table est une première étape incontournable pour tous les visiteurs de Cape Town : à la fois emblème de la ville, point de vue magnifique et haut lieu de randonnée. Pour grimper au sommet, vous avez le choix entre 1) vos pieds (gratuit) ou 2) le téléphérique (à réserver en ligne ou à payer sur place – parfois indisponible en fonction de la météo). Quel que soit votre choix, voici un conseil précieux : amenez un pull, car s’il fait beau et chaud en bas, pas sûr que ce soit le cas là-haut ! Nous en avons fait l’expérience et autant vous dire qu’on a failli congeler. Si vous avez le temps, n’hésitez pas à prévoir une journée complète sur place car il existe de nombreux chemins de randonnée et le cadre est vraiment très (très, très) bucolique. En plus, pour les faux-sportifs comme moi, c’est parfait : c’est tout plat ! La montagne-table ne vous décevra pas.











Autre excursion à la journée qui est un incontournable de la région : la Cape Point Nature Reserve. Haut lieu touristique mais aux paysages néanmoins splendides, ce parc national est accessible en voiture à environ une heure de route de Cape Town. L’entrée est payante et vous pouvez ensuite vous balader à votre guise en pleine nature. Le « Cape Point », surmonté d’un ancien phare, est sans aucun doute l’un des points les plus visités et photogéniques. L’océan Atlantique et l’océan Indien se rencontrent non loin de là. Vous pourrez faire une photo avec le panneau « Cape of Good Hope » même si, apparemment, le véritable point du Cap de Bonne-Espérance est à quelques kilomètres. Le parc est immense et il est possible de faire des randonnées, d’observer la faune et la flore, et même de dormir sur place pour les voyageurs qui ont plus de temps. Sur la route, passage obligatoire pour aller dire bonjour aux manchots dans les environs de Boulders Beach, ainsi que du côté de Chapman’s Peak, idéalement au coucher de soleil, pour l’une des routes les plus scéniques qu’on ait pu voir dans nos vies.















Je n’aime pas me répéter mais je dois pourtant vous parler d’un dernier must– incontournable à nouveau – des alentours captoniens (oui, c’est le gentilé officiel) : la visite d’un vignoble. Et pour ça, vous aurez l’embarras du choix, car la ville est encerclée par les producteurs viticoles (terrrrrrible destin !) tous plus beaux les uns que les autres. Nous avons choisi de visiter le domaine Babylonstoren, soit une sorte de Disneyland du vin : jardins magnifiques, restaurant luxueux, et même une petite navette pour circuler à travers la propriété tant elle est immense. Honnêtement, c’était une expérience de visiter cet endroit, mais c’était presque trop à mon goût, et je dois dire qu’à choisir je préfère largement la visite des vignerons indépendants de nos campagnes, mais c’est sûrement un peu de chauvinisme de ma part… Ou alors il faut peut-être choisir une propriété moins bling-bling la prochaine fois, n’hésitez pas à recommander vos bonnes adresses si vous en connaissez 🙂





Une réalité sociale héritée d’une histoire bouleversée
Bon, récapitulons, nous avons donc là une ville dynamique, culturellement riche, proche d’une nature magnifique… Pas besoin d’aller plus loin, me direz-vous : on a compris, Cape Town, c’est cool ! Pourtant, il manque encore selon moi encore un élément à explorer pour rendre un hommage complet à la capitale sud-africaine : son âme. Car oui, Cape Town est une ville où il fait bon vivre, mais pas que. C’est aussi une ville marquée par l’Histoire avec un grand H, dont l’héritage ne peut se comprendre que sur le temps long. Quelques pistes nous sont apparues pendant notre séjour, à approfondir lors d’une potentielle prochaine visite.
L’une des premières surprises étonnantes que nous avons eu en arrivant à Cape Town est le fait que, derrière la carte postale ambiance Californie du quartier de Sea Point, la ville est soumise à des coupures d’électricité quotidiennes pouvant durer pendant plusieurs heures. Tout d’un coup les restaurants et les cafés doivent arrêter leur activité en plein milieu de la journée sans savoir quand ils pourront reprendre. La responsable de l’hôtel comme des commerces aux alentours semblent habitués à cette réalité qui contraste énormément avec l’apparence d’une ville moderne et riche. Ces « load-shedding » seraient dûs à un manque de maintenance du réseau électrique ainsi qu’à un déficit de production d’énergie plus général. Il y aurait également des rumeurs de raisons politiques derrière ces coupures de courant en lien avec des échéances électorales… En tous cas, ça fait tout drôle !
Les inégalités sont elles aussi saisissantes. Si l’on ne peut pas se déplacer à pieds à Cape Town, c’est en raison des distances d’une part, mais également de la criminalité et de la délinquance en lien avec la pauvreté endémique du pays. A notre arrivée, nous nous sommes par exemple rendus au Old Biscuit Mill : située dans l’ancienne zone industrielle, cette usine reconvertie accueille l’un des marchés les plus cools du week-end. Tout y est : stands de nourriture irrésistible venue des quatre coins du monde, boutiques d’artisanat local trop mignonnes, DJ set d’abord chill qui s’enflamme au fur et à mesure que la journée avance… Bref, rien de mieux pour commencer notre visite du Cap. La surprise est venue au moment de partir quand, à la sortie, non seulement tout le monde quittait les lieux en taxi, mais les organisateurs avaient également prévu du personnel de sécurité pour accompagner les gens jusqu’à leur voiture en les sensibilisant bien sur la vérification du numéro de plaque d’immatriculation. On sent que la sécurité est un sujet sérieux.





Si l’ambiance à Cape Town pendant la journée est généralement douce, certaines rues restent à éviter absolument. Pour ce qui est de la nuit, la marche à pieds est vraiment proscrite. De toutes façons, vous n’en aurez pas envie : l’ambiance est lugubre et vous ne croiserez que des personnes sans domicile sur votre trajet qui vous demanderont nourriture ou argent avec plus ou moins d’insistance. Même à Sea Point, la précarité refait surface à la tombée de la nuit et se côtoient alors les très riches et les très pauvres d’un pays aux inégalités criantes. Bien sûr, les écarts de richesse sont malheureusement une réalité pour de nombreuses grandes villes, mais il est vrai qu’en Afrique du Sud c’est très frappant.
Les inégalités, parlons-en. Impossible de parler de Cape Town et d’Afrique du Sud plus généralement sans parler de l’apartheid, politique raciste et discriminatoire mise en place par le gouvernement blanc sud-africain de 1948 à 1991. La visite de Robben Island, prison au large de Cape Town où a été enfermé Nelson Mandela pendant 18 années est en ce sens un autre incontournable de votre visite dans la région. Le parcours prend une demi-journée et vous êtes accompagné par un ancien détenu qui sera votre guide tout au long de la visite.











Enfin, nous avons également visité la Slave Lodge, une grande propriété en plein centre-ville qui fut le premier lieu de séjour des esclaves du monde entier envoyés à Cape Town pour travailler dans les fermes des riches propriétaires terriens blancs, désormais réhabilitée en musée de l’esclavage. Les différentes expositions montrent bien que les discriminations datent en réalité de bien avant la période de l’apartheid et que la société sud-africaine est ségrégationniste depuis plusieurs siècles. La nation désormais « arc-en-ciel » est une réalité même si chaque groupe peut avoir tendance à vivre dans l’entre-soi, mais avec un héritage pareil, la réconciliation et le chemin vers l’égalité prendra certainement du temps.


Alors Cape Town, plus belle ville du monde ou pas ? Pour moi, ce sera un « Oui, mais… ». Indéniablement, la capitale Sud-africaine présente des atouts majeurs : une ville urbaine et dynamique, juxtaposée à une nature variée et accessible, héritée d’une histoire riche et troublée, voilà les ingrédients qui rendent la belle Cape Town unique et si spéciale. Mais la réalité sociale contemporaine reste trop prégnante pour apprécier les beautés de la ville sans un arrière goût amer : Cape Town s’est développée à travers les dernières siècles mais à quel prix ? En espérant que le travail de réconciliation continue et permette de tendre vers plus d’égalité à l’avenir dans le pays.
J’espère que cet article vous a plu et vous aura donne envie d’en savoir plus sur Cape Town et l’Afrique du Sud 🇿🇦 Voire peut être même visiter ce bout du monde un jour ! Je remercie chaleureusement Mathieu, guide francophone de Cape Town, d’avoir accepté de me relire et de corriger mes erreurs : si vous passez par là, contactez-le, il en sait beaucoup plus que moi 🙂 À bientôt !

