Comme je vous le disais dans mon précédent article consacré à Cape Town, l’une des trois capitales sud-africaines, habiter à l’étranger, c’est à la fois l’occasion de découvrir un nouveau pays au quotidien, mais aussi l’opportunité de faire du tourisme dans la région ! Et, parfois, le hasard fait bien les choses… Alors quand nos amis Serbes nous annoncent qu’ils sont justement de passage dans ce coin du monde pour rendre visite à leur soeur Ana (qui est en réalité une cousine, mais, comme vous le savez, chez les Serbes c’est compliqué !), installée en Eswatini depuis un an et demi, nous n’hésitons pas une seconde ! Rendez-vous à Mbabane, la capitale eswatinienne, pour un voyage plein de découvertes 🙂

…Enfin, je dis rendez-vous à Mbabane, mais il serait plus correct de dire rendez-vous à Johannesbourg, car c’est là que nous retrouvons nos amis après leur long voyage, plus précisement sur un parking de zone industrielle. Drôle d’endroit pour des retrouvailles, me direz-vous, et vous avez raison ! Ana avait justement une course à faire dans un magasin de construction (vous découvrirez pourquoi bientôt !) et a donc décidé d’en profiter pour venir nous chercher. Car, pour se rendre en Eswatini, l’un des moyens les plus simples est de faire la route depuis « Joburg » : 5 heures de trajet (si tout va bien à la frontière) et de beaux paysages en perspective ! Il existe aussi des mini-bus qui font régulièrement la navette mais la légende dit que la principale compagnie de transport transfrontalier a dû fermer ses portes pour cause de trafic de marijuana… Oups ! Heureusement, à chaque problème sa solution : le pays ne manque pas de chauffeurs qui seront ravis de vous emmener.



L’Eswatini, anciennement connu sous le nom de Swaziland (le pays a gardé son nom colonial jusqu’en 2018) est un petit royaume sans accès à la mer, coincé entre ses grands voisins, l’Afrique du Sud et le Mozambique. On y parle le swati (ou eSwati), une langue proche du zoulou. La monnaie locale est le lilangeni, mais le rand sud-africain est accepté partout, tout comme en Namibie. D’une surface de 17 364 km², soit l’équivalent d’une ferme namibienne (j’exagère à peine) (bon d’accord j’exagère beaucoup), ce petit pays se visite facilement grâce à un bon réseau routier et une insécurité très faible. Majoritairement rural, c’est l’endroit idéal pour les amoureux de la nature. Les Swatis, ouverts à la modernité, sont néanmoins restés très attachés à leurs traditions ce qui en fait un lieu culturellement intéressant à visiter. La polygamie y est notamment autorisée et le roi actuel, Mswati III, vient d’épouser sa 16ème femme ! Il lui reste du chemin à faire s’il souhaite concurrencer son père, roi avant lui, qui à sa mort en 1983 avait quant à lui une cinquantaine d’épouses et près de 200 enfants. L’Eswatini a obtenu son indépendance en 1968. Avant cela, le pays appartenait à l’Afrique du sud en tant que colonie britannique. Grâce à leur alliance avec ces derniers contre les zoulous, ils ont pu négocier leur indépendance sans conflit.

Nous sommes donc au mois d’avril et les beaux jours auraient déjà dû normalement faire leur retour mais les saisons changeantes ont fait que nous avons eu pluie et brouillard pendant toute la durée de notre séjour ! Cela ne nous a pas empêché de profiter de notre voyage, notamment grâce aux conseils d’Ana, désormais presque autant Eswatinienne que Serbe 🙂 Entre musées, artisanat et nature, il y en a eu pour tous les goûts !
Jour 1 : Musée national et Memorial du roi
Avant toute escapade, une règle s’impose : pas d’aventure sans ventre plein ! On profite d’une petite grasse mat’ avant de rejoindre Ana pour déjeuner dans un de ses lieux préférés de la capitale eswatinienne : le Sugar Snap Café. L’endroit est charmant avec une décoration toute mignonne et une carte présentant des plats simples et bons du genre sandwich et soupe.


Une fois le ventre rempli, notre découverte de Mbabane a commencé par… une virée à Lobamba ! Située à environ 30 minutes de route de la capitale administrative, Lobamba est la troisième ville du pays en terme de population (environ 12 000 habitants contre 105 000 à Mbabane) et la capitale « royale et législative » (rien que ça !) du pays. C’est là bas que se trouve le Parlement donc, mais aussi le Eswatini National Museum. Attention, ici comme à Windhoek, ça ferme tôt et à l’heure donc mieux vaut arriver de bonne heure (pas comme nous à 15h quoi…). Le musée présente de nombreuses salles plus ou moins intéressantes avec, entre autres, des pièces archéologiques, des costumes et des instruments traditionnels, mais aussi (ce que j’ai préféré) des photos de l’histoire coloniale et contemporaine accompagnée d’explications (miracle : on apprécie d’autant plus que le Musée de l’indépendance à Windhoek n’a quasiment aucun texte explicatif !).








À proximité du musée nous visitons ensuite le Mémorial du Roi, où se trouve le mausolée de Sobhuza II, père de l’actuel roi d’Eswatini Mswati III. On arrive juste à temps pour se greffer à la dernière visite guidée de la journée (en version un peu express car l’heure tourne et le lieu va bientôt fermer) et on a de la chance car notre guide connaît une anecdote par photo ce qui rend la visite très vivante !
Il nous explique, par exemple, qu’à la mort du roi précédent en 1899 lors de la guerre Anglo-Boers, le jeune Sobhuza II (qui s’appelait alors encore Nkhotfotjeni) est sélectionné parmi les progénitures pour devenir le successeur de son père. Sa grand-mère décide de l’élever arguant qu’elle a déjà élevé un roi et que donc un deuxième ce ne serait pas bien compliqué. Et, afin d’éviter que l’histoire ne se répète et que les Anglais ou les Boers prennent avantage sur les Swatis, comme lors des négociations de la « Partition Land » que les Swatis ont signé apparemment sans comprendre, elle envoie le futur roi à l’école : d’abord en Eswatini (c’est d’ailleurs l’occasion de créer la première école du pays) puis en Afrique du Sud pour qu’il reçoive une éducation occidentale. Alors que sur place il doit désormais s’appeler Benjamin, l’entourage royal craint l’influence de la culture occidentale sur le jeune héritier et la perte de ses valeurs traditionnelles. Il y restera finalement 3 ans. A son retour en 1921 il est sacré roi Lobhuza II et restera au pouvoir jusqu’à sa mort en 1982, soit 61 ans de règne complet et 82 en comptant la Régence, probablement l’un des plus longs règnes de l’Histoire.
Le guide nous raconte ensuite qu’à la mort de la Reine régente en 1925 (la grand mère de Sobhuza II), la nouvelle « Reine-mère » devient donc la mère de Sobhuza II. Le roi George vient à cette occasion en visite dans le pays et offre des fleurs à la nouvelle reine mère, qui ne sait pas quoi faire de ce drôle de cadeau et jette les plantes par terre, tout en se demandant pourquoi le roi d’Angleterre n’a pas offert un bien de valeur comme une vache ou un poulet.
Troisième et dernière anecdote, en 1981, pour la célébration de ses 60 ans de règne, la princesse Margaret est venue pour remettre une décoration au roi de l’ancien protectorat britannique, toujours membre du Commonwealth. Elle aurait demandé a Lobhuza II de porter un costume occidental afin de faciliter la remise de la décoration, ce que le roi aurait accepté, avant de finalement venir en habit traditionnel, déconcertant la princesse anglaise. Et toc !




Jour 2 : Mandenga Cultural Village
Pour notre deuxième jour de visite en Eswatini nous décidons de nous plonger un peu plus dans les traditions locales en nous rendant au Mantenga Nature Reserve and Cultural Village. Ici on peut découvrir grâce à un guide la structure du village traditionnel dans lequel chaque maison a une fonction particulière. Déjà, si le chef de famille a plusieurs femmes, chacune doit pouvoir bénéficier de son propre espace. Dans le village, les hommes et les femmes vivent ensuite séparément : les femmes se réunissent dans l’espace cuisine pour préparer la nourriture alors que les hommes se réunissent dans l’espace salle de réunion pour discuter entre eux. C’est l’occasion de faire l’éducation des plus jeunes sur les taches et les rôles de chacun.
A la suite de la visite du village, nous assistons à un spectacle de danses et de chants traditionnels assez impressionnant, auquel nous sommes même invités à participer ! Un atelier ludique avec des professeurs patients face à la maladresse de certains de leurs étudiants (moi, par exemple !). Les Swatis ont un sacré lancer de jambes !
Avant de partir, nous faisons la petite balade jusqu’à la cascade du coin où on apprécie la tranquillité des lieux et les avertissements concernant la présence de crocodiles dans ces eaux… bon, pour la baignade, ce sera pour une prochaine fois !






Jour 3 : Ngwenya Glass Factory et House on Fire
Déjà le troisième jour de notre aventure eswatinienne et la météo est toujours capricieuse ! Heureusement aujourd’hui cela ne nous pose pas trop de problème car nous allons découvrir l’artisanat local. Nous avions hésité entre les deux principales attractions de cette thématique : la fabrique de bougie et la fabrique de verre. Les deux lieux sont certainement très intéressants à visiter, mais nous optons cette fois-ci pour la deuxième option. Direction donc la Ngwenya Glass Factory !






L’endroit est très impressionnant ! L’atelier des souffleurs de verre se visite par dessus grâce à un passage en hauteur plein de rambardes (avis aux personnes souffrant de vertige, il vaut peut être mieux aller à l’atelier de bougies !) et nous pouvons observer à loisir les ouvriers au travail. La visite est parsemée d’explications et de photos évoquant l’histoire du lieu. Et, bien sûr, à la fin, une formidable boutique remplie de belles choses fragiles attend le visiteur en quête de souvenirs !





A côté de l’usine de verre, d’autres petites boutiques et ateliers forment une galerie intéressante à visiter aussi. On y trouve des souvenirs classiques des pays africains avec les animaux en bois ou les vêtements colorés (mais pas vraiment locaux), mais aussi une chocolaterie dont la spécialité est le chocolat pimenté (et ça rigole pas ça pique vraiment beaucoup !) ou des boutiques d’art et d’artisanat pour le coup 100% eswatiniennes (coup de cœur pour cette dame qui fabrique des bijoux en papiers recyclés !).




Après cette visite fort réussie et les cadeaux pour toute la famille trouvés, on rejoint Ana au House of Fire, un lieu culturel incontournable d’Eswatini. C’est ici qu’a lieu le plus grand festival de musique du pays, le Bushfire, mais aussi la majorité des événements culturels en général. Sur place se trouvent également de nombreuses boutiques et un restaurant pas mauvais du tout. C’est l’endroit idéal pour terminer cette journée riche en aventures 🙂





Jour 4 : Hlane Royal National Parc
Pour notre dernier jour en Eswatini, nous partons tous ensemble faire un safari dans le Hlane Royal National Park, situé tout à l’Est du pays. Le parc abrite de nombreux animaux avec 3 différentes zones en fonction des habitudes alimentaires de chacun, les lions étant dans la 3ème zone pour éviter qu’ils ne mangent tout sur leur passage. Les « self-drive » ne sont ici pas autorisés et nous rejoignons donc un guide pour le « game-drive » du parc. L’avantage d’avoir un guide est qu’on apprend plein de choses sur les animaux et leurs particularités. Par exemple, saviez vous que les éléphants avaient un système digestif assez mauvais et ne digéraient que 40% de leurs aliments ? C’est pour cela qu’ils passent leurs journées à manger et que les autres animaux mangent leurs déjections. Miam. On apprend aussi que les dents des éléphants se remplaçant 6 fois dans leur vie au fur et à mesure de l’usure (un jeu de dents peut durer de 8 à 15 ans), et, lorsqu’il perd ses dernière dents, il ne peut plus manger et meurt alors de faim. Sinon, sur une note plus joyeuse, ses oreilles lui servent à réguler sa température. Youpi !




Et comme je vous partage chaque jour mon menu aussi, c’est l’occasion de signaler qu’aujourd’hui c’est Veliki Petak chez les Serbes, le jour avant la célébration de la Pâques orthodoxe où l’on est censés jeûner. C’est vrai que d’habitude on ne suit pas trop les règles religieuses mais puisque ça tient à cœur à nos compatriotes, on se sacrifie un peu…

Bonus : Les ponts d’Ana
Mais alors, que fait notre amie Ana en Eswatini et pourquoi nous a t’elle donné rendez vous à notre arrivée sur un parking de magasin de construction à Joburg ? Et bien, elle construit des ponts à travers tout le pays ! Oui oui, des ponts, des vrais, au sens propre (quoique vu sa personnalité plus que sociale, sûrement au figuré aussi !) du terme. Elle travaille pour l’ONG américaine Engineers in Action qui envoie des étudiants ingénieurs travailler sur la construction de ponts dans des pays où ces édifices manquent (en l’occurrence, l’Eswatini, mais aussi l’Equateur par exemple, un mix improbable il est vrai) permettant ainsi aux habitants de zones rurales de ne pas être coupés du monde en cas de pluie ou de ne pas risquer leur vie à chaque traversée de rivière. Un projet plutôt pas mal.





